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Madame Edwarda

 

Madame Edwarda, d’après Georges Bataille

 

Adaptation et mise en scène : Pierre Morice

Collaboration artistique (adaptation) : Samuel Gallet

Avec : Benoît Seguin et Tania Tchénio

Création lumière : Amélie Verjat

 

Saison 2009-2010

Création à l’Espace 44, Lyon

 

 

« C’est jouer l’homme ivre, titubant, qui, de fil en aiguille, prend sa bougie pour lui-même, la souffle, et criant de peur, à la fin, se prend pour la nuit. » (Georges Bataille, L’Expérience intérieure).

 

 

Note d'intentions

Madame Edwarda exprime « confusément » le mystère du désir, de l'argent, de la fascination pour la femme, et par là-même de la prostituée. Edwarda est toute à la fois la prostituée sacrée de l'Ancien Testament et la grande prostituée monstrueuse de l'Apocalypse. Elle renvoie inévitablement à un imaginaire fantasmé, aux multiples figures de la prostituée mythifiée par la littérature et le cinéma. Bataille opère ici un passage du mythique au mystique en proposant l'expérience extatique vécue par le narrateur-personnage, Pierre Angélique.

Madame Edwarda est une plongée dans l'errance de l'homme moderne qui chemine sur la voie de l'athéisme. Dans cette nuit où Dieu est absent, quel sens trouver à notre existence ? Et y a t-il un sens autre que l'expérience intérieure de l'angoisse ?

Chez Bataille, le verbe est pleinement créateur : créateur du monde et de l' « immonde », créateur de mouvements, de sensations ... Ici Dieu n'est pas l'être transcendant sa création, il s'incarne en une prostituée de maison close. A l'image du Christ, Edwarda n'est pas seulement la fille de Dieu : elle est Dieu.

Ce mysticisme athée ne s'affranchit donc pas du christianisme : il ne cesse de s'y opposer, de le transgresser. Les références sont en effet multiples ; comme cette évocation permanente de l'enlèvement du voile, de la mise à nu, pour cette rencontre sans médiation avec Dieu... en d'autres termes pour cette Apocalypse.

Madame Edwarda est un conte onirique avec son lot d'imageries, de loups, de jeux, de déguisements et de métamorphoses. C'est la nuit, et les lumières s'allument peu à peu comme les étapes d'une quête initiatique, jusqu'à l'éclair et l'ouverture vers une existence illimitée. Le conte et le rêve sont les lieux de toutes les transformations : les personnages se fondent en leur décor et deviennent obscurs comme la rue, la femme devient tour à tour bestiale ou masculine, l'homme (devenu Edward ?) ne parle plus que du point de vue d'Edwarda, et les sexes se confondent en une expérience commune. Mais à l'opposé des contes classiques, c'est le sommeil qui vient les délivrer, un sommeil dont l'acteur s'extirpe à la fin du spectacle, laissant ainsi indéterminée la frontière entre le rêve et l'éveil.

Madame Edwarda est une procession funèbre. La petite mort menace en permanence de devenir grande. Cette angoisse de la mort est présente dès les premiers mots du récit : « Au coin d'une rue, l'angoisse, une angoisse sale et grisante, me décompose... » C'est elle qui crée le mouvement, qui provoque l'action. La force tragique est sans doute là : l'existence de Pierre Angélique et d'Edwarda s'épanouit dans cette marche cérémonieuse vers l'irrémédiable. L'érotisme, lieu de cette contradiction, permet l'ivresse salvatrice, la délivrance, là où l'alcool échoue au début du récit.

 

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